Lagons et récifs

Les lagons de Nouvelle-Calédonie couvrent une superficie d’environ 40 000 km². La barrière récifale présente un linéaire d’environ 1 600 km, la classant comme la 1re plus longue barrière continue et la 2ème plus grande barrière au monde. On observe à certains endroits un double ou triple récif barrière.

Ce phénomène qui est bien marqué à Touho et Hienghène, est très rare puisque on dénombre moins de 10 cas dans le monde.

Le tableau suivant résume les différences morphologiques rencontrées des complexes récifaux entre les côtes ouest et est (Source : IRD, d’après Taisne, 1965 et Coudray, 1976) :
  Côte ouest Côte est
Récif barrière Pratiquement ininterrompu, il est situé à des distances variables de la côte ; les passes sont peu nombreuses et plus étroites. Il est irrégulier, souvent double, parfois triple, avec de nombreuses passes. Il présente une forme arquée à certains endroits. Il s’enfonce de plus en plus profondément en direction de l’île des Pins.
Pente externe Elle est quasi-verticale : plateau en pente douce jusqu’à –10 m puis séries de marches de 15-20 m puis fond de sable de 70 à 80 m en pente rapide. Elle est forte et convexe dans sa partie haute, interrompue par des ruptures de pente vers 15-20m, 70 m et 100 m de profondeur.
Pente interne Elle est relativement douce, en prolongement de la plaine côtière. Elle est douce jusqu’à 3 m avant de tomber jusqu’à 10 m, puis le fond du lagon est atteint par paliers successifs de 20 à 50 m.
Lagon Il est peu profond (25 m en moyenne) et de structure complexe. De nombreuses îles et récifs le parsèment surtout dans la partie sud, formant parfois des alignements. Il est profond, limité par des zones fracturées au nord est. On trouve très peu d’îles dans le lagon nord est.
Récifs frangeants Ils sont discontinus et peuvent être relayés par des côtes rocheuses, des mangroves, des deltas vaseux ou des plages de sable ou cailloux. Ils constituent une succession ininterrompue, sauf à l’embouchure des fleuves ; ils ont de 100 à 300 m de largeur.


Les récifs de Nouvelle-Calédonie sont extrêmement variés par eux-mêmes, mais sont voisins d’une grande variété d’autres habitats tels que herbiers, algueraies, mangroves, estuaires, plaines lagonaires, etc. qui leur apportent des spécificités supplémentaires. Cette diversité de biotopes permet à la Nouvelle-Calédonie de receler une biodiversité remarquable.

Cette biodiversité est à mettre au compte non seulement de cette richesse en habitats divers concentrés sur une superficie relativement faible, mais aussi au fait que la Nouvelle-Calédonie est dans une région biogéographique intrinsèquement riche. La richesse spécifique est maximale sur la pente externe du récif barrière où elle peut atteindre 580 espèces à l’hectare, soit par exemple, autant que toute la faune malacologique des Iles Britanniques. A titre de comparaison aussi remarquable, il y a plus d’espèces marines sur une bande de 20 x 10 km d’un lagon de Nouvelle-Calédonie qu’il n’y en a sur l’ensemble de la Méditerranée. La carte suivante illustre cette richesse en ce qui concerne les poissons lagonaires, mais des cartes similaires pourraient être obtenues pour les coraux, les mollusques, les échinodermes, etc. Elle montre nettement le gradient décroissant de la biodiversité depuis le centre de biodiversité incluant les Philippines, la Malaisie et la Nouvelle-Guinée à l’ouest jusqu’à la Polynésie à l’est.

 

La plupart des espèces rencontrées en Nouvelle-Calédonie ont une vaste distribution géographique, certaines étant connues jusqu’à Madagascar ou en Polynésie. Le nombre d’espèces uniques à la Nouvelle-Calédonie, ou espèces endémiques, est en général faible dans le milieu marin, comparé à ce que nous connaissons pour le milieu terrestre. Par exemple, il existe probablement moins de 5% de poissons marins endémiques, celui des coraux doit être de 10-15% et celui des macro-mollusques (ceux > 2 cm) inférieur à 15%. Ceci s’explique du fait que la plupart de ces organismes passent une partie de leur vie en pleine eau (larves pélagiques) et qu’en conséquence leurs larves peuvent voyager sur de grandes distances avant de devenir adultes. Malgré ce taux d’endémisme faible, nos lagons abritent de nombreuses espèces uniques. En effet, le nombre total d’espèces est très important (plus de 1 600 espèces de poissons lagonaires, plus de 300 espèces de coraux …) ce qui fait que même 10% d’endémisme correspondent à des centaines d’espèces uniques. Ces dernières se sont développées ici d’une part suite à l’histoire géologique très particulière de la Nouvelle-Calédonie, mais aussi grâce à la présence de combinaisons particulières d’habitats. Parmi les principales espèces endémiques, notons le nautile Nautilus macromphalus et les mollusques tels que les volutes Cymbiolacca thatcheri et Lyria grangei.


Nos récifs et lagons présentent d’autres intérêts propres. En particulier, beaucoup d’îlots, spécialement dans les zones les plus reculées (Chesterfield, dépendances des Iles Loyauté, îlots du nord), sont des zones de nidification de beaucoup d’oiseaux marins. Certaines plages de ces mêmes îlots ainsi que quelques rares plages de la Grande Terre servent de lieu de ponte aux tortues. Huon au nord est l’un des principaux lieux de ponte de la tortue verte (Chelonia mydas) dans le Pacifique. Des baleines à bosses (Megaptera novaeangliae) viennent se reproduire et mettre bas dans les baies abritées de Nouvelle-Calédonie. Les lagons entourant la Grande Terre abritent encore quelques dugongs (Dugong dugon), animal relativement rare à l’est de la Nouvelle-Calédonie (quelques spécimens au Vanuatu et Fidji).


Du point de vue socio-économique, les milieux coralliens de Nouvelle-Calédonie sont à l’origine d’activités importantes telles que la pêche et le tourisme.