Mangrove

La mangrove est un écosystème spécifique de la zone intertidale des littoraux tropicaux et sub-tropicaux, qui a développé des capacités d’adaptation à des conditions extrêmement sélectives (salinité très variable, anoxie liée à une importante activité bactérienne, substrat meuble et instable, périodes prolongées de dessiccation et d’immersion).

Mangrove Les mangroves de la Nouvelle-Calédonie sont composées de 23 espèces végétales de palétuviers et d’espèces associées qui se répartissent en fonction de la salinité. Les plus communes sont les Rhizophora, palétuviers à racines échasses en front de mer, le palétuvier rouge Bruguiera gymnorrhiza vivant plutôt sur les vases consolidées et le palétuvier gris Avicennia officinalis préférant les substrats plus caillouteux. Les mangroves de Nouvelle-Calédonie forment des ensembles denses mais assez bas, les plus grands arbres ne dépassant guère 10 m de hauteur.

Omniprésente en Nouvelle-Calédonie, la mangrove couvre une superficie de 35 100 hectares (Virly, 2008), dont 25 900 hectares de forêt arbustive ou arborescente et 9 200 hectares de tannes (étendues de terre salée). La mangrove est particulièrement développée sur la côte Ouest (88%) et est présente à titre anecdotique à Ouvéa. La Nouvelle-Calédonie compte de nombreux types physionomiques de mangroves : mangrove estuariennes (20%), de patchs ou cordons littoraux (26%), de fond de baie (40%). Les peuplements sont bien différents entre les côtes Est et Ouest.

Les mangroves constituent des écosystèmes à forte activité de production et de transformation de la matière organique :

  • La faune associée aux mangroves n’est pas très diversifiée en Nouvelle-Calédonie, mais représente une part importante des ressources vivrières des populations côtières. Ce sont principalement les crabes (crabe de palétuvier Scylla serrata), quelques coquillages tels que les grisettes (Gafrarium tumidum) et la palourde (Anadara scapha), et les muges, poissons recherchés par les pêcheurs.
  • La mangrove est un site de production et de transformation de la matière organique. A chaque marée descendante, la mangrove enrichit les eaux du lagon en sel minéraux nutritifs provenant de la décomposition des feuilles de palétuviers et autres éléments végétaux par des bactéries et des champignons. Ces éléments minéraux sont consommés par le phytoplancton, premier maillon de la chaîne alimentaire.
  • C’est un site de ponte et un lieu privilégié de développement pour certains juvéniles de poissons et de crustacés.
  • La mangrove joue, grâce à un système racinaire développé, un rôle tampon entre les milieux marin et terrestre, en limitant l’érosion du littoral liée aux agressions marines (houle, tempêtes, cyclones), et en piégeant une grande partie des sédiments véhiculés par les eaux pluviales, ainsi que certains polluants.

Les sources de dégradation des mangroves sont connues. Elles peuvent être d’origine :

  • naturelles

      - Les cyclones et les tempêtes tropicales peuvent détruire de grandes superficies de mangrove.
      - Le flux important de métaux en provenance de l’érosion intense des couvertures d’altération latéritique a un effet néfaste sur les mangroves.
  • anthropiques
        *Destruction physique des mangroves  :
        - Longtemps qualifiée d’insalubre, la mangrove a subi des coupes destinées à assainir la zone.
        - L’urbanisation croissante du littoral, liée à la croissance démographique, est responsable de la disparation de la mangrove pour la construction de zones portuaires, commerciales, industrielles ou touristiques. Entre 1955 et 1993, 380 ha de mangroves ont été remblayés ou creusés, principalement à Nouméa et sa périphérie.
        - La mangrove est souvent un lieu de décharge sauvage.
        * Dégradation de la qualité des eaux par :
        - Les effluents urbains qui sont rejetés dans la mangrove.
        - Les polluants qui sont déversés volontairement ou non.
        - Les effluents riches en nutriments de la crevetticulture.
        - Les pesticides rejetés par l’agriculture.
        - L’activité minière qui amplifie les processus naturels d’érosion.

    La mangrove en Nouvelle-Calédonie, compte-tenu de son extension, est en bon état de santé, mais ponctuellement sous pression aux abords des villes. Des mesures de protection ont été engagées (réserves de Ouano, Bailly, Nékoro, Lékine, sites Patrimoine Mondial de l’UNESCO).

     

    Source : Virly S. 2008. Atlas des mangroves de Nouvelle-Caledonie. ZONECO. 208 p.