Herbiers

Les phanérogames marines présentent un intérêt patrimonial intrinsèque du fait de la faible diversité des espèces existant au niveau mondial (65). Onze espèces de phanérogames ont été recensées en Nouvelle-Calédonie, qui se répartissent en six genres appartenant à la famille des Cymodoceaceae (Cymodocea, Halodule, Syringodium) et à celle des Hydrocharitaceae (Enahus, Halophila et Thalassia).

En Nouvelle-Calédonie, les herbiers des phanérogames marines représentent un des habitats marins côtiers les mieux représentés. La surface occupée par les herbiers denses à diffus des petits fonds (0-5 m) s’élèveraient à environ 400 km² (Andréfouët et al., 2010), les formations denses ne représentant que 127 km2.

La répartition des herbiers n’est pas uniforme autour de la Grande Terre, les plus étendus sont situés en province Nord, autour de Balabio (lagon nord-est), dans la baie de la Néhoué et à Voh (lagon nord-ouest). Au Sud, les herbiers denses et peu profonds sont situés à Bourail autour du Cap Goulvain et dans la zone de Moindou-Poya. Les herbiers profonds généralement très clairsemés sont présents dans le lagon sud-ouest et pourraient occuper 16% des fonds meubles. (Payri in Hily et al., 2010).

Herbier Les herbiers des zones peu profondes sont rarement monospécifiques. 7 types ont été décrits en Nouvelle-Calédonie (Payri et al. 2007 in Andréfouët et al., 2010 ; Scamps 2005) dont 4 dans le lagon sud-ouest.

Les herbiers constituent des écosystèmes hautement diversifiés et productifs :

  • Les herbiers hébergent de nombreuses espèces d’invertébrés (Echinodermes, mollusques, éponges, coraux) et de poissons (60 espèces observées).
  • Les phanérogames marines et leurs épiphytes (bactéries, champignons, protozoaires, algues, invertébrés) sont une source de nourriture pour de nombreux herbivores et détritivores. Les tortues marines et les dugongs sont les principaux consommateurs de plantes marines. Ces deux espèces emblématiques et vulnérables sont très dépendantes de l’état de santé des herbiers pour la survie de leurs populations.
  • Les herbiers sont des sites privilégiés de reproduction, de nurserie et de développement des juvéniles (abondance de petites proies facilement accessibles et couvert végétal dense qui protège des prédateurs).
  • Les feuilles des phanérogames marines ralentissent les courants et atténuent l’impact des vagues. Elles contribuent également à accélérer la sédimentation des particules en suspension et à réduire leur remise en suspension.

Les sources de dégradation des herbiers sont connues Elles peuvent être d’origine :

  • naturelles
      - Fortes houles (arrachage ou ensevelissement des herbiers). - Pluies exceptionnelles à l’occasion des dépressions tropicales ou des cyclones (recouvrement des herbiers par d’importantes quantités de particules fines transportées par les cours d’eau).
  • anthropiques
      *Destruction physique des herbiers  : - Travaux d’aménagement du littoral (ex. : zones portuaires, chenaux, hôtels en bordure de plage, plages artificielles…). - Activités nautiques (arrachage par les ancres et le piétinement). - Pêche à pieds (piétinement).
      *Dégradation de la qualité des eaux par : - Assainissement : une gestion insuffisante des eaux usées domestiques et industrielles entraine une eutrophisation du milieu (enrichissement en éléments nutritifs) qui limite l’activité photosynthétique des phanérogames marines. - Travaux d’aménagement : la disparition du couvert végétal à terre du fait des activités minières ou agricoles, de l’urbanisation, des feux de brousse et du développement des populations de cerfs - entrainent une augmentation de la turbidité (matières en suspension transportées par les eaux de ruissèlement et s’accumulant dans le lagon) qui peut conduire à un envasement des herbiers. - La pollution chimique et les métaux lourds conduisent à la disparition progressive des espèces les plus sensibles.

A l’heure actuelle, peu de données permettent de définir l’état de santé et l’évolution des surfaces d’herbiers en Nouvelle-Calédonie. Il est d’autre part très difficile de différencier les variations spatio-temporelles naturelles, de celles liées à l’impact des activités humaines.

 

Source : Hily C., Duchêne J., Bouchon C., Bouchon-Navaro Y., Gigou A., Payri C., Védie F., 2010. Les herbiers de phanérogames marines de l’outre-mer français. Hily C., Gabrié C., Duncombe M. coord. IFRECOR, Conservatoire du littoral, 140 pp.